SINIK : Un retour au sommet
Le Toit du monde donne l'impression d'être plus posé, plus mature...
Plus mature, c'est obligé. J'ai 27 ans, ça fait quinze ans que je rappe, j'en suis à mon troisième album, j'ai plus d'expérience. Il y a des erreurs que je ne referais pas. Mais plus posé, je ne suis pas tout à fait d'accord, on y retrouve encore le côté singulier de mes débuts, revendicatif, à bloc de punchlines... J'essais juste d'avoir un discours un peu plus réfléchi, c'est vrai.
C'est aussi un album très nostalgique, résolument tourné vers le passé...
Je suis un éternel nostalgique et je l'assume à 200%. Ca c'est simplement moins ressenti dans Sang froid parce que j'avais pris le parti de varier plus les thèmes. Je reste persuadé que les meilleurs moments de ma vie sont derrière moi : quand on été mômes, qu'on n'avait rien dans les poches et qu'on pouvait s'amuser pendant des heures juste avec un ballon, que les meilleurs amitiés étaient celles de la cour d'école, avant que les filles ou l'argent ne s'en mêlent... Aujourd'hui c'est une autre jeunesse, tout va beaucoup plus vite, il y a Internet, moins de dialogue. Je n'ai que 27 ans, je ne suis pas vieux non plus, mais c'est clair qu'il y a un gros décalage entre les gosses d'aujourd'hui et ma propre jeunesse. Je paierais cher pour revivre une seule journée de mon enfance. Je sais que c'est triste de penser comme ça à mon âge, c'est même cynique (sourire) !
Le morceau « Né sous X » est-il un rescapé du disque que tu devais faire avec Diam's ?
L'album n'a pas pu se faire pour une histoire de maison de disques. Pour parler simplement, il y avait un gâteau et tout le monde voulait la plus grosse part. C'est con mais ce genre de chose peut faire capoter un projet artistique. On avait déjà le thème pour « Né sous X » mais on ne l'a écrit que récemment...
C'est comme « Notre France à nous », qui sonne comme un complément à « Ma France à moi »...
C'est même plus que ça, c'est carrément un exercice de style ! Mélanie et moi avions prévu pour l'album que chacun reprenne une chanson de l'autre à sa sauce. Elle avait choisi « Règlement extérieur » et moi je voulais apporter ma propre version de « Ma France à moi », avec un point de vu plus masculin. Quand le disque commun a été annulé, j'ai considéré que le morceau était tellement mortel qu'il avait naturellement sa place sur mon solo.
Qu'en est-il des featuring sur cet album, il y a eu des annulations, des surprises...
L'annulation, c'est évidemment Kery James avec qui le feat n'a pas pu se faire parce qu'il travaillait sur son propre album en même temps que moi et qu'on n'a pas réussi à se ménager deux jours pour finaliser le projet. Mais ce n'est que partie remise. Il fait même une apparition dans le DVD bonus d'1h30 pour s'expliquer. Sinon j'ai collaboré avec Kayna Samet, Diam's et un petit jeune du 91 qu'on vient de signer chez 609 et que j'entends bien pousser au maximum : Cifack.
... et James Blunt !
C'est une des grosses prises de risques artistiques de ce disque. Mais sincèrement, j'ai toujours kiffé ce qu'il faisait, notamment le morceau « No bravery ». Hors rap, c'est l'artiste dont je me sens le plus proche. C'est touchant, c'est triste, il y a des beaux textes... et beaucoup de piano ! C'est une musique qui me parle.

